mardi 12 avril 2011

Vers un été caniculaire pire qu'en 2003 ???

OLIVIER ALLENSPACH

Agriculteurs et spécialistes sont inquiets: l’absence de précipitations assèche les rivières, et les sous-sols.
© OLIVIER ALLENSPACH | Le niveau du lac de Neuchâtel, ici à Yverdon, a baissé. Sur le canal oriental les bateau sont toujours «à sec».

LAURENCE ARTHUR | 09.04.2011 |
 
 
 
 
Tout est vert dans les pâturages, les cerisiers sont en fleurs, mais les sous-sols sont aussi secs qu’au mois d’août. L’averse récente n’a été que peu profitable. Dans le canton, comme dans le reste de la Suisse, la sonnette d’alarme est tirée. «La pluviométrie sur les trois premiers mois de l’année 2011 est moins importante que celle de 2003. La végétation est partie plus tôt, et donc, avec ces températures, l’eau qui tombe est évapo-transpirée par les plantes. Si cela continue, on risque un été pire que celui de 2003», décrit Daniel Urfer, ingénieur mandaté par la Société anonyme de gestion des eaux du Nord vaudois (SageNord).
Dans les petites communes, en particulier, où les captages de secours sont limités, la situation prend une dimension préoccupante. C’est le cas de Montherod, au Pied du Jura. Le niveau d’eau du réservoir du village s’est abaissé à la cote d’alerte, à un niveau habituellement enregistré en fin d’été. «Je n’arrive déjà plus à remplir mon réservoir la nuit tant le débit est faible. Les travaux jardiniers ont débuté. Je m’inquiète, car en plus, nous ne bénéficions pas de l’apport d’eau consécutif à la fonte des neiges. Peut-être allons-nous envisager de demander à la population d’appliquer quelques mesures simples, comme arrêter le robinet en se lavant les dents», s’alarme Raymond Liardon, municipal responsable des Eaux.
Solidarité
La commune d’Aubonne dépanne Montherod pour 50 litres supplémentaires à la minute, mais elle-même souffre d’une réserve en baisse depuis trois ans. Toutes deux situées à distance du lac, elles n’ont pas la possibilité d’y pomper des quantités supplémentaires pour la consommation des ménages. Le constat concerne aussi les autres régions du canton. «Sur la Riviera, les sources sont inhabituellement basses, notamment celle des Avants, sur les hauts de Montreux», confirme Christophe Higy, directeur du SIGE (Service intercommunal de gestion). Le Pays-d’Enhaut rencontre également des problèmes. Sur la Riviera, la station de pompage des Gonelles, à Corseaux, une importante station de pompage du lac, tourne à plein régime.
Dans le Nord vaudois, la distribution des ménages dépend du captage d’une eau souterraine du lac de Neuchâtel. La situation de l’approvisionnement reste donc assurée de manière plus confortable et le voyer des eaux de la région ne se montre pas encore particulièrement pessimiste.
Trois ans lourds de conséquence
Cependant, de manière générale, le cumul de trois années successives de sécheresse alourdit le déficit, relève-t-on. «Je resterais prudente, il est impossible d’obtenir des données globales précises et de tirer des généralités. Le Jura reste une zone plus humide, par exemple», nuance Anne Pichon, adjointe de l’hydrogéologue cantonal.
L’inspecteur cantonal des Eaux, Eric Raetz, reprend toutefois de manière plus alarmiste: «Les réserves se constituent en automne et en hiver, lorsque la végétation est au repos. Et il y a eu peu de précipitations. S’il ne pleut pas durant les prochaines semaines, des problèmes risquent de se poser cet été. Mais il est vrai que ce même pronostic établi l’an passé avait été finalement contredit par les pluies du mois d’août.»
Agriculteurs inquiets
Reste que les agriculteurs manifestent leurs craintes. «Les céréales comme le blé et le colza sont au stade de la formation des embryons juvéniles des plantes. Elles ont besoin d’eau. L’année est tendue», relève Christian Streit, agriculteur à Aubonne.
Les rivières subissent également une baisse de débit, voire un assèchement record. Pour l’instant, la faune aquatique n’est pas encore en danger, comme le relève le conservateur de la pêche et des milieux aquatiques, Frédéric Hofmann: «A la différence des années difficiles 2003 et 2010, cette année, la sécheresse débute très tôt. On peut s’attendre à un été préoccupant. Pour l’instant, la température de l’eau est suffisamment froide pour que le manque d’eau ne pose pas un problème aux poissons. Plus l’eau est chaude et moins il y a d’oxygène dissout. Mais cela risque de s’aggraver très rapidement».
Situation préoccupante
Le conservateur fait partie d’une commission de gestion des ressources des eaux qui étudie la problématique de la pénurie enregistrée plus généralement ces dernières années. Ce printemps, une centaine de stations de mesure de température de l’eau seront posées. «Ce sera un indicateur au même titre que le débit qui permettra de mieux appréhender l’impact réel des conditions climatiques.»
La pluie est attendue avec impatience. «Si nous pouvions avoir ces journées grises, avec une pluie fine constante durant quelques jours, ce serait parfait», décrit Walther Steiner, un agriculteur croisé au bord d’un ruisseau asséché.
 
Source: http://www.24heures.ch/vaud-regions/actu/penurie-eau-printemps-annonce-caniculaire-pire-2003-2011-04-09
 
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